Carnet du Maine, le début des vacances!

 

À chaque année, nos vacances à la plage sont préparées et réglées avec la précision d’un horloger suisse. En fait, en vacances on cherche le calme et la paix que procure la routine. À nous deux, nous sommes devenus aussi prévisibles qu’une reprise de Symphorien.

Pas facile de partir, encore moins d’arriver…

On sait quand les vacances débutent, quand elles se terminent et de quoi elles seront faites.  C’est facile on fait toujours les mêmes maudites affaires. Nous logeons au même endroit, à la même période. Nous apportons les mêmes articles, le même surnombre de vêtements alors que l’on passe nos journées dans nos 3 ou 4 mêmes maillots et qu’en soirée on s’habille en mou avec des couleurs qui  »matchent » pas. Nos journées sont constituées des mêmes activités, c’est à dire aucune, sinon un jogging de bord de mer et des promenades à marée basse. Même la régularité de nos intestins nous rend aussi fiers qu’une publicité vantant les mérites du défi All-Bran. Quand on dit que tout est réglé avec précision…

Ma blonde confectionne et apporte de la maison, ses 2 litres de « bouette » de pois chiches à la poudre de cacao, chia et cayenne dont elle recouvre généreusement sa tranche de bardeau de niche à chien (ci-nommée pain sans gluten) pour la transformer en « tartine au faux Nutella » comme elle dit.

Quiconque a déjà goûté à la douceur réconfortante d’une toast au Nutella sait très bien que ma blonde s’invente un monde gustatif de Calinours, glissant sur un arc-en-ciel pour y retrouver tout en bas, une couple de petites pouliches, une improbable licorne, Fraisinette et ses amies pis toute la collection de Polly Pockets. Bref quand il est question de sa boue matinale sur un morceau de clap-board, ma blonde fuit la réalité objective et se réfugie dans le déni alimentaire des « ceuzes » qui font attention à leur alimentation et qui font semblant de trouver ça bon.

Du pain sans gluten et des pois chiches, même en y ajoutant du cacao, des graines de chia et du piment, faut vraiment avoir eu une enfance malheureuse, ou s’entraîner pour survivre à l’Armageddon pour trouver ça bon.

L’échange suivant est survenu il y a plusieurs mois mais demeure, dans les circonstances, d’actualité.

Moi: C’est dégueulasse…

Ma blonde: Ben non, c’est comme du Nutella. Envoueille, goûtes-y!

Moi: (la bouche pleine) Voyons calvaire, le Nutella c’est bon, c’est sucré, c’est mou pis c’est l’fun à manger.

Ma blonde: Ben c’est pareil !

Moi: Sacrament, pas pantoute.

Ma blonde: En manges-tu toi du Nutella?

Moi: Non…

Ma blonde: Ben c’est ça…

(dit sur le même ton que l’argument niaiseux quand on disait dans la cour de l’école primaire « celui qui le dit, c’est lui qui l’est » en étant ainsi convaincu que cette formule magique, l’équivalent de l’arme nucléaire de l’obsnitage d’enfant, donnerait raison à celui qui en ferait le décret le premier. Donc, dans sa tête elle a raison.)

Moi: Toi, du Nutella; en manges-tu?

Ma blonde: Ark, bien trop sucré!

Comme dirait Brice de Nice; « J’tai cassé »!

Moi: (pour me rattraper feignant un semblant d’intérêt) Juste de même, t’as pris ça où ta recette?

Ma blonde: Pinterest…

(ndlr: un gars ne pourra jamais gagner un différent d’opinion de couple si l’argumentaire féminin se fonde sur Pinterest. Pour une femme, Pinterest c’est l’équivalent aux cartes de posséder, les deux « bonhommes » pis 10 cartes d’atout. Drop ton jeu, va te chercher une bière et attends que le temps passe et surtout ajoute; « ouin, ça a l’air pas pire ta patente de Pinterest, faudra que tu me montres ça ». Puis pousse-toi pendant qu’il est encore temps …)

Ainsi donc, je vous rappelle qu’on est pas encore parti mais l’excitation du départ nous gagne et on se laisse porter par le plaisir de retrouver notre plage de « ti-vieux » et nos mêmes voisins de plage et de quartier pour les deux semaines à venir. Faudra que je vous reparle de Mme Dentiers et de M. Brownies….

Au fil des ans, ma blonde a développé cette capacité bien à elle, (ma foi c’est même sans doute un don) de briser la routine en mettant momentanément nos projets de plage en veilleuse pour nous faire découvrir un spécialiste de la santé différent afin de nous sortir de notre zone de confort et ainsi, mieux apprécier nos journées prévisibles et conformes à nos attentes. (ndlr: lire « L’incroyable tour de machine » et « Quand l’improbable devient incroyable »)

En fait, en vacances; on a juste l’air d’un couple en chicane où la « poule » trop cute pour un mon’oncle grisonnant, ne se parlent pas de la journée, chacun le nez plongé dans son livre jusqu’à ce que l’un d’eux décrète au bout de 10 heures de silence contemplatif sous le soleil: « fait frette je rentre dans la maison ».

Quiconque nous connait sait que l’on s’aime. Quiconque nous connait bien, sait que l’on n’a pas besoin de se parler pour s’aimer. Quiconque nous connaît vraiment bien sait que si l’on s’aime autant, c’est probablement parce que l’on maîtrise tous les deux l’art d’éviter de se parler quand c’est pas le temps. Et ce temps-là existe même en vacances.

Cette année, dès la mise en place du départ, les certitudes et habitudes se sont mises à changer. Pas que nous souhaitions déroger à nos habitudes mais l’univers décidait de nous envoyer un signe…

Habituellement, nous levons les voiles le samedi matin bien avant le lever du soleil. Or cette année, le travail me gardait à Montréal tout le week-end. Qu’importe, on partira le lundi matin. Ça change les plans mais perdre deux jours quand on profite de deux semaines, on n’en tiendra pas rigueur à la vie. On est déjà assez choyé, c’est pas deux jours qui vont briser notre humeur de scout tout heureux de faire une bonne action et de traverser une p’tite vieille de l’autre bord de la rue même quand elle ne veut pas y aller.

Dimanche soir 21h00, je rentre à la maison à Sherbrooke. L’auto est prête, les bagages y sont entassés, 22h30, on ouvre bière et vin, détente et retrouvailles, on se synchronise l’un et l’autre et le plaisir de partir nous gagne, tout comme le sommeil. Lundi 5h00, le réveille-matin réclame une claque sur la gueule, ce que ma blonde lui accorde fermement et avec plaisir. Sauf que sur notre planning, nous sommes déjà une heure en retard. Qu’à cela ne tienne, on saute dans nos vêtements (oui ma blonde, on se brosse les dents et je vais l’écrire pour qu’on ne croit pas que nous faisons fi des règles élémentaires d’hygiène pour tous nos amis qui liront ce texte). Pour accélérer le processus et rattraper l’heure perdue, on fera un stop chez McDo pour le café. On prend 2 cafés, on refuse les deux osties de muffins qui sont invariablement proposés dès que la commande d’un café est identifiée par « l’associée de l’experience-client ».

Ndlr: la prochaine fois que vous commanderez un café et qu’on vous demandera « prendrez-vous un muffin pour compléter votre commande » avec la vivacité d’esprit de la caissière de supermarché qui vous demande « avez-vous quelque chose en dessous et à laquelle vous répondez; oui, des bobettes » (plaisir garanti) demandez-lui; pourquoi ?

Silence et bégaiements seront une belle victoire pour toutes ces années passées où l’on vous a aussi proposé; un chausson avec ça?

2 jours et 2 heures 45 minutes de retard

Il est 6h45, on quitte donc avec un léger délai. Mais, rien n’altère (du moins pas encore) notre bonne humeur. Puis, ma blonde s’exclame: « mes médicaments! »  Oui, les mêmes pilules contre l’hypertension que celles qu’elle avait oublié de prendre pendant deux jours dans le Maine deux ans plus tôt, altérant ainsi sa joie de vivre et la mienne. Les mêmes « tites-pilules » dont elle jetait quelques jours plus tard, toute sa provision aux poubelles le jour même où les « vidangent passent » nous forçant à trouver un médecin américain pour lui signer une nouvelle ordonnance.

On quitte donc le McDo et on rentre à la maison, on récupère les pilules et on reprend la route vers le Maine.

C’est lundi, il est 7h30, ma blonde rougit un peu et tout en s’excusant elle ajoute: « Ça te fera quelque chose à raconter et à écrire ». Pour nous, il est encore tôt et on est tout aussi heureux de quitter pour le Maine peu importe ce léger oubli sans conséquences.

15 minutes plus tard, on vient à bout de s’éloigner un peu de Sherbrooke. Mais c’est comme si Sherbrooke avait sa propre force de gravité et tentait de nous retenir de s’arracher à l’Estrie.

2 jours et 3 heures 15 minutes de retard…

Ma blonde: As-tu les passeports?

Moi: Oui ma blonde.

Ma blonde: Ils sont où ?

Moi: Ici, dans le coffre à gants.

Ma blonde: As-tu l’argent?

Moi: Bien oui…

Ma blonde: Il est où?

Moi: Ici dans ton étui dans le coffre…

J’ouvre le coffre à gants, et l’étui dans lequel on place tout l’argent duquel on pigera pendant deux semaines, décide de jouer à la cachette…

Ma blonde: Mon chum ?

En fait écrire « mon chuuuum? » en faisant des vagues dans le mot chum, serait davantage fidèle à l’étrange inquiétude qui vient chasser la douceur de sa voix…

Moi: Attends, il est sûrement là…

À ce moment, j’ai la même assurance qu’un gars « chaudasse » qui parle mou et qui s’efforce que ça ne paraisse pas. En fait, c’est pire.

Tout à coup, c’est comme si je voyais le film de ma vie défiler devant mes yeux. Je ne suis pas encore mort mais je sens que ça s’en vient.

Ma blonde prend la première sortie de l’autoroute, on s’arrête et dans un silence très respectueux on se met à remuer le contenu de l’auto et des bagages.

On tente de ne pas perdre notre bonne humeur mais je sens que c’est pas non plus ce que nos visages affichent. On passe quand même du temps de qualité ensemble et cette chasse au trésor de bord de route ne fera que développer notre belle complicité. Ne gâchons rien, surtout pas pour quelque chose d’aussi futile que quelques milliers de dollars américains. Si l’argent ne fait pas le bonheur je ne vois pas pourquoi à l’inverse, sa soudaine disparition devrait altérer une si belle entente entre nous.

Cette première activité de couple visant à ressouder nos liens,ne nous apporte pas particulièrement le plaisir recherché. Pas de temps à perdre, on rebrousse chemin vers la maison en espérant que l’argent nous attend sagement sur la tablette au-dessus du foyer.

Ma blonde: Es-tu sûr que tu avais mis l’argent dans l’auto?

Moi: Il me semble…

Silence….

Ma blonde: Es-tu sur que l’argent est sur le dessus du foyer à la maison?

Moi: Il me semble…

(quand tu affirmes être sûr d’une chose et de son propre contraire, c’est comme évident que tu as épuisé ta mince réserve de certitudes et que tu cherches à sauver la face)

Ma blonde: Es-tu sûr que tu n’as pas laissé l’enveloppe d’argent sur le toit de l’auto avant qu’on parte?

Moi: Il me semble…

Ma blonde: Il me semble quoi?

Moi: Ben,non !

Ma blonde: Es-tu sûr?

Ok, là je ne me sens pas bien pantoute. J’veux que ma blonde arrête de jouer à « es-tu sûr ».

À chaque question, je le suis de moins en moins. Comment veux-tu répondre à une question précédée d’une double négation? J’suis jamais bon là-dedans. C’est comme te faire confronter par ta première vraie blonde à 16 ans quand tu choisis d’aller au hockey avec tes chums: « c’est ça, tu m’invites pas, ça veut dire que tu m’aimes plus hein »?

Réponse 1: Oui (devient pour elle; non, tu m’aimes?)

Réponse 2: Non (devient pour elle; oui, tu m’aimes plus?)

Ça devient chaque fois plus simple de flusher ta soirée de chums plutôt que te justifier car anyways, c’est déjà 1 à 0 pour elle.

Au moins là-dessus, ma blonde n’est pas de même.

Enfin, on rentre dans la cour, on se précipite à l’intérieur… Rien!

On se regarde à nouveau et on se garroche à l’auto. Cré-moi qu’une fouille dans Unité 9 c’est juste de la télé. Les IPL n’ont jamais fait ça de toute l’histoire de Lietteville une fouille de même. Les valises sortent pis le p’tit linge r’vole. Pour le pliage amoureux, méthodique et quasi ésotérique style Marie Kondo faudra, c’est le cas de le dire; repasser!

Pendant que je poursuis mon « power-trip » avec le contenu du coffre arrière, ma blonde glisse un de ses grands bras fins entre deux sacs empilés sur la banquette arrière et me regarde en attendant ma réaction tel un « Luc Langevin » amusé quand son invité retrouve son 20 piastres délicatement plié au centre de l’œuf tout chaud qui sort de la poule… Tadam!!

Je replace le chaos et je monte dans l’auto. Pour ne pas perdre la face j’ajoute: « J’avais raison, je le savais bien que je l’avais mis dans l’auto ».

Ma blonde sourit et plutôt amusée me demande: « veux-tu bien me dire à quoi tu pensais pour placer ça là? »

Qu’est-ce que tu veux que je réponde, j’savais même pas qu’il était là! On en vient vite à la conclusion qu’en chargeant l’auto, j’ai dû le déposer et qu’il a simplement glissé avant que je ne le récupère, oubliant sa présence au mauvais endroit.

2 jours et 4 heures de retard

On repart, pour la troisième fois,  en espérant cette fois qu’on va finir par réellement atteindre la route qui nous mènera au Maine.

Le poste frontalier de Rock Island en Estrie est toujours notre porte d’entrée vers notre paradis estival. Cette année, ma blonde suggère que nous franchissions la frontière par le « petit » poste en plein coeur du village de Stanstead. Celui tout au bout de l’autoroute 55, le gros, l’habituel, l’officiel et le plus lent, fonctionne semble-t-il, encore plus au ralenti en raison de travaux de réfection. Depuis ce matin, puisque nos vacances ne respectent aucune tradition, nous aussi on décide de changer nos habitudes et de fourrer un peu la vie qui s’attend certainement pas à ce qu’on déroge nous-mêmes de nos habitudes.  Parfait, on passe dans le village où il n’y a qu’une seule guérite américaine.

Ma blonde est au volant, elle ralentit et s’immobilise. Je sors nos passeports pendant que de son côté; elle sort son anglais. Ma blonde quand elle parle anglais, c’est un peu l’équivalent de notre anglais d’enfance quand plutôt que de crier « shut up » aux petits maudits blocks en sortant du bus, on hurlait « shallup » en étant persuadés qu’on venait de leur dire de se fermer la yeule. Là, ils riaient de nous et à coup sûr, on voulait se battre…

Mais il faut savoir que l’anglais, ma blonde le comprend très bien.  Sauf que là, elle doit le parler… Une ou deux questions, ma blonde y va de ses une ou deux réponses et tout va encore bien.  Sauf que le douanier ne se contente plus de demander d’où l’on vient et où l’on va.  Le douanier se cherche des amis et décide de jaser un peu plus longtemps. Ma blonde me regarde parce qu’après avoir répondu solennellement Sherbrooke et Wells, je sens qu’elle souhaite que j’embarque un peu moi aussi dans cette nouvelle amitié frontalière. Je me penche vers l’agent, on placote un peu, tout est en règle et passe enfin. Nous voilà aux États !

Moi: Wow t’es bonne ma blonde.

Ma blonde: Merci! Je comprends bien mais ce sont les mots qui viennent pas vite. On devrait parler en anglais de temps en temps.

Moi: Oui, ça serait cool…

(ndlr: On trouve le moyen de se pogner en français en s’accusant mutuellement de ne pas avoir dit ce que l’autre dit avoir compris. Ça promet…)

Chaque fois qu’on traverse les douanes, on a toujours l’impression qu’on va devoir se défendre d’un délit qu’on a pas commis. C’est comme se confesser à 10 ans sans trop savoir de quoi on pourrait bien nous accuser et quelles seront les conséquences.

La petite tension redescend et on roule jusqu’à la sortie du village.

Ma blonde: Coup donc, c’est bien long avant de reprendre l’autoroute.

Moi: C’est parce que l’on est dépassé. T’es rendue bien trop loin, on vient juste de passer dessous. Le viaduc au-dessus, c’était ça l’autoroute. Fallait tourner à gauche dans le village et non pas en sortir à l’autre bout.

Ma blonde: Ben non! C’est évident qu’en continuant, il va y avoir une sortie pour l’autoroute.

Moi: Il peut pas y avoir une sortie devant si l’autoroute est derrière. En plus on va vers l’est, le Maine c’est au sud.

Ma blonde: C’est toi le copilote, fallait que tu me le dises.

Moi: Voyons viarge c’est toi qui conduis, regarde les panneaux!

Silence… On revire de bord et on reprend la direction du village pour finalement retrouver la route I-91. Enfin on retrouve nos repères.

Ma blonde: C’est correct pour la route, tu vas me guider?

Moi: Bien oui ma blonde. Ça fait des années qu’on va au même endroit, qu’on arrête aux mêmes places.

Ma blonde: Sauf que là, on a plus de GPS.

Moi: T’inquiète, juste au cas, j’ai imprimé le trajet sur Google Maps. C’est indiqué; de la rue des Saules, Sherbroke jusqu’à Atlantic avenue, Wells, Maine, il y a 435 km, 4h28 minutes en durée. 40 minutes sont déjà faites.

Ma blonde: Parfait mon chum, j’te laisse gérer ça.

Moi: Parfait, je m’en occupe!

Pis c’est là que j’ai soudainement arrêté de m’en occuper…

Cette année Wells, c’est loin…

Non mais faut savoir que lorsque nous, on part en vacances, on devient un peu « dopé » au bonheur. La preuve, le matin du départ on perd la trace d’une couple de mille piastres américaines et ma blonde demeure zen.

Donc, la route est belle, on file, on placote, on écoute de la musique et d’arrêt vessie en arrêt vessie (ma blonde a sûrement un trouble de la prostate mais j’ose pas l’inquiéter avec ça) le temps avance et on bouffe des kilomètres.

Ma blonde: C’est encore bien loin le chemin dans le creux de la vallée avec la face d’indien dans la montagne?

Moi: Non, on coupe bientôt pour l’autre route.

Ma blonde: Ça serait le fun une année de changer de route et plutôt que l’autoroute, passer dans les petits villages.

Moi: Oui, sûrement mais ça va être plus long.

Ma blonde: Faudrait bien l’essayer…

C’est à ce curieux instant que je prends conscience que chacune des villes dont on annonce la sortie depuis quelques heures, me sont totalement étrangères; Warren, Windsor, Claremont…

Crisse on est où?

C’est précisément au moment où je déplie discrètement le trajet Google Maps que ma blonde demande; « mon chum, ça va »?

Moi: Oui, oui…

Je me sens comme Elvis Gratton à Santa Banana qui, brûlé au 3ème degré, prend le tube de protection solaire et s’écrie; « Pasta dental! Sacrament Linda, c’était de la pâte à dents »!!

Moi: Ma blonde ?

Ma blonde: Qu’est-ce qu’il y a?

Moi: Tu disais vouloir passer par les petits villages?

Ma blonde: On est où?

Moi: (je cherche une pancarte par la fenêtre) Claremont

Ma blonde: C’est où ça?

Moi: Hummm, sais pas. Ça ressemble à un des p’tits villages que tu voulais voir…

Sortie suivante, on se trouve un stationnement, on déplie une vieille carte routière américaine et là on se demande comment on faisait dans le temps pour aller quelque part. On voit rien, c’est écrit bien trop petit pour un gars de 53 ans et une blonde qui frappera la cinquantaine dans quelques mois.

En plus, on n’a pas le droit de parler au cellulaire en conduisant mais personne n’a jamais pensé auparavant qu’une carte routière sur les genoux, c’était pas mal plus à risque?

Nous voilà donc à chercher le nord pour retrouver la route 11, qui nous mènera à l’I-89 qui nous mènera à Manchester par l’I-93 et finalement retrouver la 4 pour se rendre à Portsmouth dont le pont en rénovation nous oblige à un détour avant de retrouver l’I-95 en direction nord.

Ça fait deux heures qu’on aurait dû être arrivé. Ma blonde a faim, moi je fixe le néant tentant de me convaincre que ça sent la mer au fur et à la mesure que l’on voit défiler les sorties pour Kittery, York, Ogunquit, Wells.

J’ignore pourquoi mais chaque fois que je lui indique la sortie à prendre, ma blonde me demande; « t’en es bien certain »? Maudit qu’une femme en auto, c’est insécure. Mais je ne le lui dis pas. Ça fait presque 7 heures qu’on avance sur une route que n’aboutit jamais et on est toujours en vie et surtout, en couple…

Nous entrons à Wells. Notre arrivée ressemble à notre départ et s’effectue dans une économie de mots et un silence respectueux.

Maudit que la vie est bien faite. Elle nous donne plein d’occasions à ma blonde et moi de nous respecter…

Et dire qu’il faudra rentrer à la maison, « avec pas » de GPS…

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