Carnet du Maine, l’interminable tour de machine


Si nos vacances de l’été 2015 ont été marquées par la quête d’un médecin, cette année pour nos vacances, ma blonde s’est surpassée. D’ailleurs au moment d’écrire ces lignes, elle me regarde avec sa belle tête de championne du monde toutes catégories.

L’interminable tour de machine

Destination Maine! Si quelqu’un croit encore que dans un voyage, c’est pas la destination qui compte mais le trajet, l’aventure et les découvertes que la vie nous permet de faire sur notre parcours, laissez-moi vos coordonnées et vous tenterez l’expérience à ma place l’an prochain.

Premièrement, ça fait mille ans que nous faisons le même trajet, le même poste frontalier, le même pipi-stop au même prévisible et immuable « Duty free » de Stanstead (la spectaculaire et sa vessie ont convenu d’une alliance pour mettre ma patience à l’épreuve), la même banane, la tite-sandwich au beurre de peanut à la même heure, l’autoroute qui n’en finit plus, la succession de panneaux jaunes qui nous mettent en garde contre les « Moose Crossing » alors qu’on n’a jamais aperçu de moose, et encore moins en train de commettre cet acte naturel d’autosatisfaction pour lequel on nous prévient. C’est beau la nature mais il y a d’autres places pour se faire plaisir qu’un bord d’autoroute, orignal ou pas.

La route vers le Maine c’est 5 heures dans un habitacle restreint à négocier le choix musical Ipod ou radio? Ok, Ipod. Le tiens ou le mien? Playlist ou albums? Années 80, disco ou rock-oldies?

La route c’est aussi décider à deux le moment de faire de plein d’essence, l’endroit où faire le plein, la sortie pour faire le plein (coup donc c’est ben loin de la route, je le savais on aurait dû prendre l’autre sortie).

La route, c’est surtout apprendre à ne rien dire. Parce que s’obstiner dans une auto, tu peux pas finir ça en allant faire un backwash de piscine pour avoir la paix dans le fond de la cours.

Enfin, Wells est à portée de vue. La route 1 qui remonte du sud vers le nord en traversant tous les villages de bord de mer est chaque fois spéciale et superbe. On prend le virage à gauche sur Mile Road, plus qu’un km à faire et on tourne à gauche sur Atlantic avenue, notre bord de mer annuel où l’on stationnera l’auto derrière le chalet pour deux semaines, mis à part une virée de temps à autre à la « grocery ». Mais ça on y reviendra dans une autre aventure…

Retour en arrière: Août 2014
– Il y a deux ans –

Ma Spectaculaire avait eu la joyeuse idée d’abaisser sa vigilance et d’ingérer une poussière de gluten en lunchant dans un Breakfast Shop, en route vers notre destination. La lente et subtile agression intestinale avait connu son moment de gloire dès notre arrivée vers 13hrs. Pendant que je déchargeais l’auto et que j’aménageais nos quartiers généraux, la nouvelle détentrice d’une migraine et d’un ventre lui rappelant les contractions de chacune de ses grossesses fit une pause étendue sur le lit pour finalement « crasher » solide!

Au terme d’un après-midi passé sous un soleil de plomb à écouter le son des vagues et à observer sans retenue quelques bikinis étrangers, je rentrai en quête d’un apéro pour y réveiller vers 18h30, la Belle au bois dormant émergeant d’un long coma. Soirée de bouette et lendemain tout aussi vaseux pour la belle madame. Les vacances débutaient de façon plutôt ordinaire et je ne vous raconte pas le reste.

Août 2015
– Il y a un an –

Je résume rapidement ce que vous savez déjà mais en combinant avec cette année, vous comprendrez tout l’acharnement récurant de ma blonde pour nous créer des souvenirs dont nos plus fidèles amis doutent de la véracité tellement l’improbable flirt avec l’irréel.

Il était une fois dans le Maine, une belle princesse souffrant d’hypertension artérielle qui lors d’un « cleaning sweep » matinal (s’tie de ménage inutile, on est en vacances), « crissa » par inadvertance sa provision de médicaments quotidiens aux vidanges, envoyant quasiment avec arrogance en signe d’au revoir, la main au camion à ordures venu les chercher. Résultat; un ping-pong médical, pharmaceutique, téléphonique et routier entre le Rite-Aid et Jean-Coutu qui malgré ce qu’on en pense, n’a pas autant d’amis qu’il le prétend et, certainement pas chez les pharmaciens américains. Il nous a fallu trouver une clinique médicale, consultation d’un médecin, nouvelle ordonnance d’un médicament similaire, vérifier la compatibilité retour à la pharmacie…. Bref comme le bateau de Gilligan et les Joyeux naufragés: « partis sur l’eau pour 3heures à peine ». J’ai pensé qu’on n’en reviendrait jamais.

Août 2016,
– Et dire qu’on pensait sincèrement venir se reposer –

À notre arrivée le samedi, journée splendide. Plage, homards pour souper, vino. Mais la belle madame tombe rapidement de fatigue et prend la direction du lit, à une heure à laquelle les enfants rechignent parce qu’il fait encore clair. Ok, à demain! Il reste encore du vin et le dernier Guillaume Musso qui, même si c’est encore une fois l’histoire d’un gars et d’une fille à New York, s’annonce plutôt bien.

Dimanche, wow soleil de plomb, vagues de fou, la mer est plus chaude qu’à l’habitude. J’ai le goût de traverser la plage du nord au sud pour une de nos marches dont on revient crevés et déshydratés. Ma blonde prétexte un sentiment de lourdeur, de fatigue, bref le relâchement du début des vacances. Pas de trouble ma blonde, bon repos. Elle s’allonge pour quelques minutes de Zzzz pendant que je m’élance sans but précis pour quelques kilomètres, les pieds clapotant dans les vagues.

Retour au parasol une heure plus tard, la Spectaculaire en arrache. On rentre quelques minutes à l’intérieur prendre une bouchée. Rien n’y fait, l’après-midi est pareil à la matinée; Mme dort au son des vagues. 17h30, l’heure de l’apéro sonne, on rentre avec pour unique but de se désaltérer et allumer le BBQ. Devant la fatigue permanente de ladite Mme et la lourdeur et les maux de tête, nous convenons de son grand besoin de repos. Jusqu’à ce qu’elle réalise avoir oublié de prendre ses médicaments contre l’hypertension; les mêmes qui un an plus tôt, presque jour pour jour au même endroit, prenaient le chemin de la benne à ordure. Résultat, dimanche de bouette dont les effets persistent aussi le lundi.

– Mais, c’est rien encore –

Afin de ménager un genou capricieux, ma blonde cette année a décidé de délaisser le jogging et de se lancer dans le yoga. L’équilibre, la souplesse, la profonde et spirituelle respiration, les contorsions, l’illumination par la lenteur pleine de conscience. L’univers ne faisant qu’un avec soi. Rien n’est plus sain, plus doux, et non violent pour solidifier son corps, développer la force des muscles peu sollicités, redonner l’alignement musculo squelettique perdu et surtout; atteindre la plénitude qui permet de savourer pleinement l’instant présent.

– « Tu viens avec moi sur la plage? » qu’elle me demande avec ses p’tits yeux de vidéo de chat cute sur Facebook. Le calme de la mer, la plage immense à marée basse, le soleil encore en pleine ascension dans le ciel. C’est tellement bon. Tu dois essayer ça le yoga sur la plage!

– Pantoute! Je m’en vais bouffer de l’asphalte avec mes écouteurs, Al Stewart, John Mellencamp, les Greatful dead et une couple d’autres mal aimés. Jogger sur la route qui longe la mer, j’attends ça toute l’année. Tu feras un namasté aux vagues pour moi bébé. Je te retrouve dans une heure…

Comme le disait le narrateur dans les vieilles émissions western télévisées;

– « Meanwhile, back at the ranch » –

Une heure et des poussières plus tard, me revoilà sur la plage. Je scrute l’horizon en espérant apercevoir ma grande rousse, chevelure de braises au vent, moulée dans ses vêtements qui à eux seuls, d’un œil masculin, justifient la pratique du yoga. Personne à l’horizon…

Puis, à quelques mètres de moi, près de l’allée séparant la plage du chalet, mon regard se pose sur l’ultime incarnation de la souffrance. Assise sur le bout d’une chaise de plage telle la biche blessée attendant le chasseur qui mettra fin à sa souffrance, ma blonde ressemble à Bambi qui « s’effouère » à répétitions sur la glace en tentant de se mettre sur ses pattes.

– « Ma blonde, ça va pas » ? Et j’avance délicatement vers elle.

– « Non… J’ai senti un craquement en me relevant d’un mouvement. J’ai eu toute la misère à retrouver mon souffle et quitter le bord des vagues pour revenir m’asseoir. J’pense que je me suis déboitée une côte. »

Des larmes coulent silencieusement sans même un sanglot. On quitte la plage et on rentre à l’intérieur…

Ok, je dois vous dire que ma blonde a les « ribs slack »! C’est vrai, c’est fait de même! Trois ou quatre fois par année, elle se « pop » une côte. En fait selon les spécialistes, elle est hyperlaxe. Moi je dis qu’elle est hyper slack mais elle aime pas tellement le double sens péjoratif génital et elle me corrige chaque fois avec des yeux ronds comme les trous dans la mie de pain d’une miche qui a fait des bulles lors de la cuisson.

Anyways, à Wells on connait la pharmacie, la clinique médicale, le médecin mais un chiro; j’avoue que je n’y avait pas encore pensé. En fait, j’peux pas dire que ça me manquait… Mais il y a une première fois à toute et je sens qu’on va y goûter.

En plus, la veille en voulant nous gâter, ma blonde s’était mise en tête de nous offrir un massage pour lequel on a cherché pendant près de deux heures en « machine » sans jamais trouver, un endroit pour se détendre alors que silencieusement je pognais les nerfs en regardant par la fenêtre tous ceux qui se rendaient à la plage sauf nous. Nous sommes finalement rentrés encore plus tendus…

C’est peut-être un genre de karma qui s’est attaqué à son rack de côtes levées 24 hrs plus tard…

Il est midi 30 jeudi, on rembarque dans la « machine » et on part chez le chiro.

La clinique est tout près, à peine à 10 minutes. À la vitesse d’un traitement de chiro je me dis, tenant compte des 10 minutes de trajet pour se rendre, 10 minutes pour me la craquer à contre-sens et lui rentrer l’os délinquant avec moins de douceur qu’un salut au soleil, 10 minutes pour le retour; on va retrouver la plage dans plus ou moins 45 minutes.

S’tie qu’on aurait dû se faire un lunch…

La clinique est déserte, pas de patients pis pas de chiro et finalement plus aucun mobilier. Devant un local vide on quitte pour une autre clinique dont je me souviens de l’emplacement; « Wells Family Chiropractic clinic », tout près de chez Hannaford. Hataboy que je me dis, on en profitera pour prendre du vin, un excellent relaxant musculaire après 2 bouteilles et refaire le stock de Ben & Jerry’s qui servira de Ice-Pack à ma blonde, chemin faisant.

Tellement familiale la clinique qu’elle est fermée deux semaines pour permettre au chiro de préparer la rentrée scolaire de ses enfants, disait l’affiche scotchée dans la porte. Only in America! Pendant ce temps ma blonde souffre dans le char et sans parler, ses yeux me crient;

-« Fais quelque chose »!

Plein d’espoir, je file à la clinique médicale des médicaments de l’an dernier. Eux autres, les médecins des États, où l’on enseigne la chiropratique depuis longtemps, ils doivent sûrement collaborer sans guerre de clocher avec les chiros comme c’est encore le cas au Québec…

Non! Z’auriez du voir la réceptionniste se contorsionner sur sa chaise comme un caniche qui se traine sur ses pattes de devant en marquant le sol avec son derrière, à la seule évocation du mot « chiropractor »…

Ha pis, mangez donc d’la marde ! Anyways, Ma blonde n’oubliera plus ses médicaments, on n’aura plus besoin de vous autres. Son gros fun asteur c’est d’attendre les vacances et de s’éjecter une côte en faisant du yoga dans une ville « avec pas de chiro ».

On part pour Kennebunk!

Plein d’espoir et d’optimisme, tel le capitaine du Titanic heurtant l’iceberg qui pour dédramatiser l’accrochage annonçait aux passagers inquiets que le barman en profiterait surement pour prendre de la glace en passant, j’allège l’ambiance en disant à ma blonde qui est étrangement silencieuse;

-« Mon amour, dis-toi que notre virée annuelle à Kennebunck sera faite »!

Très mauvais call de ma part… Faut lui donner ça à ma blonde, même à demi paralysée et muette de douleur, elle sait tellement parler avec ses yeux!! Je lui découvre un talent sous-estimé. C’est ça savoir tourner le négatif en positif. Elle est donc chanceuse d’être tombée sur un gars positif comme moi.

Kennebunk, 14h15, clinique fermée jusqu’à 15 hrs pour le dîner. Crisse j’espère qu’ils ne pensent pas aller souper à 5 heures eux autres! On en profite pour prendre un café et une bouchée, avoir mal ça creuse…

« Back to the clinic », une Audi sport noire dans la cour, j’en déduis que le chiro est arrivé et qu’il est payé au craquement. La réceptionniste écoute mon récit et même si Chantal parle peu sinon pas du tout anglais, les larmes qui roulent sur ses joues en parfait synchronisme avec le – « I’m sorry » de la réceptionniste me confirment que la souffrance accentue le don de ma blonde pour les langues étrangères.

On repart, une autre clinique se trouve à quelques coins de rues. On stationne, on descend de l’auto, on monte au 4e, chiro en congé. On nous suggère d’aller plus au nord. Je commence à me demander si on ne cherche pas à nous refouler vers le haut jusqu’à ce qu’on atteigne la frontière pis qu’on retourne chez nous.

Notre journée ressemble au jeu de la chaise musicale mais pour nous, la musique ne s’arrête juste pas! On revient à l’auto et on monte au nord. Clinique en vue, on monte l’escalier, aucune trace de vie. Ici aussi le chiro prend son jeudi off.

Je suis dans le stationnement cellulaire et gps en main et j’avance en fixant l’écran et cherchant du regard dans les alentours une solution tandis que ma blonde traine derrière et avance lentement sans convictions, les yeux dans le vide. Je sens qu’on nous observe et qu’on dit de nous;

– « Check le cave dans le parking qui force sa femme handicapée à chasser les Pokémons »!

On rembarque, pour finalement atteindre une clinique de santé holistique globale. Des vendeurs d’huile de serpent, comme si on avait besoin de ça… J’veux bien faire un effort et tenter de faire semblant de croire à la force du Chi, au 3e oeil, au maitre Reiki, à l’imposition des mains et à l’alignement des chakras mais c’est juste une côte que ma blonde veut se faire réaligner! On demande rien d’autre…

Mais sur l’enseigne extérieure, on indique aussi la présence d’un chiro; Alléluia !!
Polie, vaporeuse et un peu éthérique, la réceptionniste qui lévite sur son nuage de bonheur nous avoue son impuissance et nous révèle que le chiro est; TADAM ! En congé…

Puis elle nous donne le numéro d’un chiro qui accepte les urgences. Pas d’farce la grande ? Un vrai de vrai chiro qui existe vraiment, même un jeudi? Je prends le bout de papier pour réaliser que le chiro suggéré fait partie de la grande conspiration des chiros qui ferment les stores et la lumière quand on rentre dans leur stationnement. On arrive justement de chez lui.

Un lourd et inhabituel silence accompagne notre retour des célébrations du « Kennebunk Chiropractic’s day off ».

Il est 17 hrs, on vient de battre le record de la journée perdue établit par MA championne du monde l’an dernier.

Il vente, le soleil est caché, il fait froid et la plage ressemble à l’Irak. Les quelques marcheurs m’observent intrigués, étendu solitaire sur ma chaise à me faire fouetter en mangeant de la garnotte, résolu à récupérer la journée perdue et faire un peu de beach en pleine tempête de sable, avec l’entêtement d’un enfant qui cédant aux pressions de ses parents, déclare;

-« J’vais en prendre de l’huile de castor mais je chierai pas »!!! J’suis venu pour la beach, je demeure sur la beach.

– Vendredi matin, 7h45 –

Finalement, le chiro vient d’appeler. Il verra ma blonde en urgence…lundi
Dire qu’on est ici pour une autre semaine, encore…

 

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5 réactions au sujet de « Carnet du Maine, l’interminable tour de machine »

  1. Manon Deblois Réponse

    Je compatis tellement avec ta blonde…..pauvre Chantal! Mais tu me fais tellement rire dans ta façon de raconter les choses!!! J’adore te lire!!! Vous faites un couple formidable!!! Lâchez pas!!!

    • Serge Roux Auteur ArticleRéponse

      C’est vraiment gentil Manon. Le plus incroyable, c’est que j’invente rien. Tout c’est réellement produit dans cette séquence. Dès qu’on quitte pour des vacances, nos amis et clients disent avoir hâte de suivre nos aventures…

  2. Christian Hamel Réponse

    Ton journal de bord est à se rouler par terre. Bien sûr, je compatis avec la douleur et la souffrance subie par  »madame », mais ton récit c’est du bonbon . Ça faisait un moment que je n’avais pas ri de si bon cœur (s’cuse Chantal). J’étais là, assis dans l’char avec vous. Sans blagues, faut que tu réalises une quotidienne. T’es vraiment bon. Ton style tantôt sympathique tantôt presque cinglant m’a accroché du début à la fin. On est loin des textes traitant de météo……..

  3. Nat River Réponse

    Ouin!! Méchantes aventures!!
    Très drôle de la façon que tu le conte Serge… mais, maudit que je compatise avec toi Chantal! On voudrait tellement être « che nous » quand des choses comme ça arrive.
    Faudrait bien que cette année ça soit à ton tour Serge…. pour que ta spectaculaire est un break une année!! Hahaha!!!
    J’ai hâte de lire vos prochaines vacances!!

  4. Ping Carnet du Maine, le début des vacances !

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